Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Recherche

Articles RÉCents

12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 11:21

deufr Publié dans : ..tiens pour la peine!!??...

 

http://idata.over-blog.com/1/69/83/53/rrr.gif

 

LETTRE A LA GALAXIE ANARCHISTE




Sans y être invités, nous pénétrons par cette lettre dans un débat qui n’est pas le nôtre. Et qui ne sera jamais le nôtre, parce qu’il est posé sur un terrain qui nous semble rester stérile pour la recherche de perspectives insurrectionnelles, les idées et activités anarchistes qui mettent leur attention là-dessus.

 

Pourquoi alors écrire une telle lettre, pourrait-on se demander ? Parce qu’il n’y a rien qui nous est aussi chaud au cœur que la révolte libératrice et destructrice, que la lutte pour la subversion de l’existant ; parce que nous continuerons toujours à nous reconnaître dans tous les compagnons qui, poussés par un désir de liberté, vont à l’assaut des structures et des hommes de la domination ; parce que nous valorisons infiniment la force de la volonté individuelle, la recherche de la cohérence et le courage de malgré tout, essayer de mettre le feu à la poudrière.

 

Ne considérez pas ces prémisses comme une vaine tentative de passer de la pommade ; elles sont sincères, tout comme l’est notre préoccupation face à l’amputation volontaire du champ de bataille anarchiste.

 

Ne mâchons pas les mots : plus que jamais, il y a besoin de l’intervention destructive des anarchistes, plus que jamais, c’est le moment d’intensifier nos combats, d’aller à la recherche de possibilités et d’hypothèses pour étendre la révolte, rendre possible l’insurrection et accélérer ainsi le possible bouleversement de ce monde.


Mais ce besoin et cette pulsion ne nous exemptent pas de la nécesité de réfléchir sur le quoi, où, quand, comment et pourquoi.

 

Pour ne pas y aller par quatre chemins : quelles raisons poussent des anarchistes (sachant qu’on n’a pas de problèmes à comprendre les raisons des autoritaires) à revendiquer systématiquement leurs actes et à les signer avec des sigles entretemps devenus aussi mondiaux que vidés de toute espèce de sens ?

 

Qu’est-ce qui les porte à croire que la question difficile des perspectives pourrait être résolue en postant une revendication sur internet ou pire encore en se couvrant de ridicule par le simple fait de l’envoyer aux mérdias ?

 

Qu’est-ce qui fait qu’aller sur un tel chemin semblerait aujourd’hui associé à une profonde forme de cohérence entre penser et agir, entre idées et pratiques, alors qu’il s’agit plutôt d’une liquidation illusoire de la tension permanente entre la théorie et la pratique résumée par la pratique de la théorie, celle qui devrait exister en mouvement, non pétrifiée ou chosifiée et qui pourrait devenir la force propulsive derrière la lutte d'inspiration anarchiste qui irait au delà des balises de la représentation ?

 

Cette manie confiscatoire qui semble faire boule de neige, risque d’éclipser rapidement les autres actes de révolte. Non seulement de ceux des anarchistes qui se passent joyeusement de la pilule amère et toujours décevante de la revendication, mais aussi et peut-être surtout plus généralement ceux de toute  rébellion et de conflictualité sociale.

 

Voilà peut-être une des « raisons » qui nous aura incités à écrire ce texte.

 

Nous en avons marre d’éprouver et de constater que le champ de bataille anarchiste, le champ de bataille de l’attaque, du sabotage et de l’expropriation seraient toujours plus assimilés (assimilables et à combien?) par la grâce d'un sigle, fut-il un "@"  et en tant que tel, avec une représentation politique ; parce que nous en avons marre de voir comment les horizons se réduisent faussement à deux choix contradictoires uniquement en apparence car en réalité complices du même spectacle :

 

Soit on opte pour  l’anarchisme « gentil » et on se met à courir derrière des assemblées, des mouvements populaires et des syndicats de bases ;

 

Soit on choisit l’anarchisme « méchant », et alors on est gentiment prié de tamponner ses contributions à la guerre sociale avec un sigle, un slogan pré-défini, aisément identifiable  sous prétexte que d’autres pourraient le "signer" à ta place. 

(Dans le spectacle de la fausse contestation, les forces de l'Etat y trouvent toujours leur compte; ainsi leur arrivent-il même assez souvent de "concrétiser" certains actes et de leur prêter une "signature cible" plus propice à déchainer les mesures répressives qu'à inciter à la réflexion...C'est la raison pour laquelle tout acte prétendument revendiqué comme étant le fait "d'anarchistes" est pour nous frappé de la plus vive  et élémentaire des suspicions!)(nosotros.incontrolados)


Car nous aussi, nous passons à l’attaque. Nous aussi, nous sortons pour saboter la machinerie du capital et de l’autorité. Nous aussi, nous choisissons au quotidien de ne pas accepter une position de mendiant et de ne pas ajourner l’expropriation nécessaire.

 

Seulement, nous pensons que nos activités font simplement partie d’une conflictualité sociale plus large, une conflictualité qui n’a besoin ni de revendication ni de sigle.


Seulement, nous pensons que ce n’est que quand les actes sont anonymes, qu’ils peuvent être appropriés par tout le monde et se découvrent alors tout leur sens.


Seulement, nous pensons que tamponner/labeliser des actions d’attaque les catapulte hors du champ social où elles naissent  vers le champ politique où elles se perdent et meurent  dans bourbier de la représentation, de la délégation, du fac similé  consommable entre acteurs et spectateurs.

 

Et comme ça a souvent été répété dans ce type de débats, il ne suffit pas de proclamer "le refus de la politique" pour qu’il soit effectif.


Le refus de la politique se trouve entre-autres dans la cohérence entre les moyens et les fins, et il n’y a pas d’instrument plus tristement  politique que la revendication, tout comme le sont la carte-membre, le programme et la déclaration des principes de base et toute volonté de prétendue unification.

Il n'y a de réellement unis dans le spectacle que les séparations


L'erreur sur les moyens est aussi une erreur sans fin  sur les buts.

 

De plus, on voit bien sévir une confusion qu’on veut, une fois de plus, souligner et combattre, car il nous est indigeste de continuer à observer passivement des significations qu’on donne ces jours à certains concepts, comme par exemple l’informalité.

 

Le choix pour un mouvement anarchiste informel et autonome, c’est un choix qui signifie le refus des structures fixes, des organisations de membres, des fédérations centralisatrices et unificatrices ; et donc aussi de  ces signatures qui reviennent tout le temps, si ce n’est de toute signature.

 

C’est le refus de dresser des programmes, c’est le bannissement de tous les moyens "politiques" ; et donc aussi des revendications programmatiques, peut importe s’ils s’auto-dénomment, digitalement, rectalement, formels ou bien « informels ».

 

En sens positif, l’informalité est pour nous un archipel sans bornes et non circonscrit de groupes  et d’individus autonomes, qui entre eux tissent des liens basés sur l’affinité et la connaissance réciproque et qui, sur cette base-là, décident de réaliser des projets communs.


C’est le choix pour des cercles petits et affinitaires qui font de leur autonomie, de leurs perspectives et de leurs méthodes d’action la base pour construire des situations et des rencontres, parfois éphémères mais ludiques et passionantes toujours, avec d’autres.

 

L’organisation informelle n’a donc rien à voir avec des fédérations, des acronymes ou des sigles si prompts à servirr toutes les formes de noyautage ou de récupération...


Et qu'est-ce donc qui  faisaientt parler certains compagnons non seulement d’informalité, mais aussi d’« insurrectionalisme » ?


Au risque  de ternir l’ample panorama d’idées, d’analyses, d’hypothèses et de propositions, on pourrait dire que « l’insurrectionalisme » est l’ensemble  des perspectives qui, en partant d’un anarchisme sans compromis, cherchent à contribuer à des « situations insurrectionnelles ».

 

L’étendue des possibles et  des pratiques subversives  est vaste et même heureusement vache.


Il faut comprendre que l’utilisation de certaines "méthodes" (agitation, attaque, propositions organisatrices etc.) ne signifient en soi que très peu : ce n’est que dans une projectualité réfléchie et évoluant qu’elles acquièrent leur sens dans la lutte.


Brûler un bâtiment de l’Etat est sans doute toujours bon, mais ne signifie pas en soi de s’être ainsi inscrit dans une perspective véritablement  insurrectionnelle.


Et ceci vaut encore moins pour le choix de, par exemple, cibler les attaques plutôt contre des objectifs centraux et médiatiques avec la profession de foi  et la pauvre symbolique qui  vont de pair ensuite.

 

Ce n’est pas un hasard si dans les différents moments de projectualités insurrectionnelles, l’accent aura surtout été mis sur des attaques modestes, reproductibles et anonymes contre les structures et les hommes toujours plus décentralisées de la domination, de la domestication et de la fausse conscience, ou sur la nécessité de sabotages précis d’infrastructures, des  sabotages ponctuels qui n’auront besoin d’aucun écho médiatique pour atteindre leur but, c’est-à-dire la paralysie, par exemple, des flux de transports, des outils de la logistique, des données et d’Energie du pouvoir ou des appareils qui, directement ou indirectement mais objectivement, le servent. (institution, organisations, syndicats, mérdia, etc).

 

Il ne nous semble pas que  l’actuelle frénésie de revendications abrite tellement  de perspectives;  du moins, nous avons du mal à les entre-apercevoir où les reconnaitre distinctement comme nôtres...


En effet, et par là nous ne voulons d’aucune manière enlever quoi ce soit à la rébellion sincère et courageuse  de certains de ces compagnons, mais il nous semblera que c’est surtout la "reconnaissance malheureuse" qui y sera recherchée.

Une reconnaissance tout d'abord directement "sollicitée" auprès de l’ennemi, qui ainsi complètera rapidement ses listes d’organisations terroristes, signifie souvent le début de la fin : l’ennemi se met alors en route pour isoler tout ou  partie d'une conflictualité plus large.


Un isolement qui n’est pas seulement la préfiguration de la répression (et en fait, ceci ne compte pas vraiment, car la répression est toujours là - loin de nous de commencer à pleurer sur le fait que le pouvoir suive les activités anarchistes avec défiance, et donc les poursuive aussi), mais surtout, et voilà le plus important, le principe de la revendication constitue  selon nous la meilleure arme idéologique d'instrumentalisation pour contrer toute entreprise de subversion en la phagocytant.

 

Dans l’état actuel du corps social, qui est malade et en train de pourrir, le pouvoir ne peut se souhaiter rien de mieux qu’un adversaire bien reconnaissable aux contours distincts et aux actions farcies de conséquences prévisibles qui essayeraient d’entailler un peu le système ici et là, car en vérité il n'est rien qu'il ne craigne autant  qu’un virus qui risque de tout "contaminer" de façon insaisissable et donc incontrôlable, tout le corps.


A moins qu'il ne s'agisse d'une reconnaissance par tous les opprimés, les jétés, les laissés pour compte, les exclus, les opprimés harassés?

 

Ne sommes-nous pas précisément,  les ennemis de toute forme de délégation, d’exemples illuminés qui souvent ne font qu'asseoir  le sens de leur propre résignation ?


Certes, nos pratiques peuvent être "contagieuses", nos idées d’ailleurs encore plus, mais uniquement quand elles laissent  la responsabilité d’agir à chaque individu particulier, distinct, agissant en son propre nom ; que lorsqu'elles s'emploient à démasquer toutes les formes de la résignation, lorsqu'elles se reconnaissent tout d'abord comme étant un choix individuel.


Peuvent-elle enflammer les cœurs? certainement, mais quand elles ne disposent pas de l’oxygène d’une propre conviction, elles s’éteindront rapidement et s’ensuivra, dans le « meilleur » des cas, que de timides et inutiles  applaudissements  pour tout devenir.

Et encore, car maintenant que la médiation politique (partis, syndicats, réformisme) s’épuise petit-à-petit et devient de fait dépassée ; maintenant que la rage réifiée peut librement tendre ses petites  mains vers tout ce qui détruit la vie, il serait vraiment trop ironique si les insoumis de la politique par excellence, les anarchistes nous dit-on, reprenaient le flambeau de la représentation et, en suivant l’exemple de prédécesseurs autoritaires, séparant la conflictualité sociale de la subversion immédiate de tous les rôles sociaux. Et peu importe s’ils voudraient faire ça en se mettant à la tête des mouvements, en entraînant les masses suivistes par la rhétorique des assemblées dites populaires ou en tant que groupe armé/activiste spécifique.

 

Ou bien s’agit-il d’une aspiration vers la « cohérence » ?

Malheureusement, il y en a toujours eu de ces anarchistes qui échangent volontiers  la recherche de la cohérence pour des accords tactiques, pour des alliances écœurantes et des séparations stratégiques entre les moyens et les fins.

 

Une cohérence anarchiste  -entre-autres certes- se trouverait dans la négation de tout ça. Mais à part ça, il n’est pas dit que par exemple une certaine condition de « clandestinité » serait pourtant plus cohérente.


Quand la clandestinité n’est plus vue comme une nécessité, que ce soit à cause de la chasse répressive ou parce que sinon, il devient impossible de réaliser certaines actions, mais plutôt comme une espèce de panacée, un summum d’activité révolutionnaire, il y a peu qui reste encore debout du fameux a-légalisme.


Au lieu de rechercher la cohérence au-delà des lois et des commandements et donc d’accepter l’affrontement, le légalisme s'est simplement inversé en « illégalisme » où, tout comme dans le légalisme, le caractère subversif d’activités est quantifié et mesuré à l'eaune de  la possible peine de prison correspondante.


Le refus du légalisme n’est certainement pas la même chose que le choix absolu pour « l’illégalisme ». Il suffirait peut-être de faire un parallèle facile avec la situation sociale en Europe pour s’en faire une image :

ce n’est pas parce que des milliers de gens se retrouvent de fait dans une situation de « clandestinité » (les sans-papiers), qu’ils deviennent alors automatiquement et objectivement une menace pour le légalisme et devraient ainsi être perçus déontiquement comme des «  révolutionnaires».


Pourquoi en serait-il autrement pour des anarchistes qui se retrouveraient dans une condition de clandestinité ?


Ou bien, s’agirait-il de faire peur à l’ennemi ? Comme on le rencontre assez souvent dans les revendications, il existe apparemment des anarchistes qui croient pouvoir "faire peur" au pouvoir en faisant des menaces, en faisant de grands moulinets avec les bras, en publiant des photos de leurs hauts faits d’armes ou en faisant exploser quelques bombinettes (et parlons même pas de la pratique abjecte d’envoyer pêle-mêle des colis-piégés).

 

Face aux massacres quotidiens orchestrés par le pouvoir, ceci témoigne d’une particulière et dangereuse naïveté, surtout pour ces ennemis du pouvoir qui se piquent de n'avoir pas d’illusions par rapport à la venue de "puissants plus compréhensifs", partisans d'un capitalisme à visage humain, de rapports sociaux plus justes mais toujours à l’intérieur du même système.


Si, malgré toute son arrogance, le pouvoir craint quelque chose, ce serait certes la diffusion de la révolte, la dissémination de la désobéissance, les cœurs et les ciboulots qui s’enflamment hors de tout contrôle.


Il est certain que les foudres de la répression n’épargneront aucunement les anarchistes qui veulent y contribuer, mais ceci ne prouve d’aucune manière combien « dangereux » nous serions véritablement.

Anarchistes "revendiqués" ou pas.

 

La seule chose que ceci voudrait peut-être dire, c’est combien dangereuses seraient nos idées et pratiques -en ne s'épargnant pas non plus la critique qu'elles se doivent aussi à elles-mêmes- si elles se rencontraient spontanément parmi les exclus et les exploités qui les rédécouvriraient comme intrinsèquement leurs pour cracher à la sale gueule de la misère .

 

Il continue alors de nous étonner combien l’idée d’une sorte d’ombre ne séduise plus les anarchistes d’aujourd’hui, au moins, ces anarchistes qui ne veulent pas se résigner, contre ceux qui préfèrent "attendre"  ou construire à l’infini des organisations de masses etc.


Autrefois, fils de la nuit, travailleurs de l'ombre, on en était fier : faire tout notre possible pour faire étendre le travail de sape à l'échelle de toute une organisation  sociale, de faire grandir en la diversifiant  la conflictualité  et de la rendre ainsi impénétrable pour les sbires de la répression et autres laquais de la récupération.

 

On n’en était pas alors  à la recherche des sunlights, des crépitements des flash, des causeries à la Tv , ni à la gloire des guerriers ; dans l’ombre, dans la partie obscure de la société, on apportait notre contribution à la perturbation de la normalité, à la destruction anonyme des structures du contrôle et de la répression, à la « libération » par le sabotage de l’espace et le temps pour que les révoltes sociales puissent poursuivre leurs cours.

 

Et fièrement, on diffusait ces idées, de manière autonome, sans avoir recours à des échos médiatiques, loin du spectacle politique, même « oppositionnel ». Une agitation non narcissique  qui ne recherchait pas à être filmée, à être reconnue, mais qui voulait partout encourager la rébellion et créer des liens, dans cette révolte partagée, avec d’autres rebelles.

 

Aujourd’hui nombre de compagnons semblent préférer la solution facile d’une identité à la diffusion des idées et de la révolte, réduisant ainsi par exemple les relations affinitaires à l’adhérer à quelque chose.

 

Evidemment, il est plus facile de prendre et de consommer des opinions prêtes-à-porter empilées sur les rayons du supermarché militant, plutôt que d’élaborer son propre parcours de luttes, de résistances et de ruptures.


Evidemment, il est plus facile de se donner l’illusion de force par un sigle partagé comme un mirage que de comprendre que la « force » de la subversion se cache dans la mesure et la manière où elle réussit à pénetrer le corps social dans son ensemble avec des idées et des pratiques libératrices.


Le culte de "l’identité" et « la formation d’un front » offrent peut-être la douce illusion de signifier quelque chose, surtout dans le spectacle des technologies de communication, mais ne détruit pas le moindre obstacle.

Pire encore, ceci manifeste tous les symptômes d’une vision bien peu anarchiste sur la lutte et la révolution, une vision qui croit pouvoir mettre en place, face au mastodonte du pouvoir, de manière symétrique, un illusoire mastodonte anarchiste.

 

La conséquence inévitable, c’est l’horizon qui rétrécit et qui finit par du nombrilisme peu intéressant, quelques roulements  d' épaules ici et là et la construction d’un exclusif cadre autoréférentiel.

 

Il ne nous étonnerait pas que cette détestable manie paralyserait d’avantage tout mouvement  autonome quand il s’agit de notre contribution agile et furtive aux révoltes toujours plus fréquentes, spontanées et destructurantes.

 

Enfermés dans l’autopromotion et l’autoréférentiel, avec une communication qui se réduit à la publication de "revendications" sur internet, il ne semble pas que ces anarchistes puissent faire grand-chose lorsque le bordel éclatera près de chez eux (à part les quelques explosions et incendies habituels, souvent contre des cibles que les révoltés eux-mêmes étaient déjà très bien à même de détruire sans avoir besoin de leur concours).

 

Au plus que nous semblons approcher la possibilité d’insurrections, au plus palpable ces possibilités deviennent-elles, au plus ces anarchistes semblent apparemment ne plus vouloir s’intéresser à l’insurrection.


Et ceci vaut aussi bien pour ceux qui se noient dans le repris du rôle de la gauche mourante que ceux qui sont en train de s’enfermer dans une quelconque idéologie de la lutte armée.


Mais clarifions un instant ce dont il s’agit quand on parle de perspectives insurrectionnelles et d’insurrection.


Il ne s’agit là certainement pas d’une simple multiplication du nombre d’attaques, et encore moins quand celles-ci semblent (vouloir) devenir le terrain exclusif des anarchistes avec leurs fronts, leurs fédérations, leurs syndicats, leurs comités,  leurs mots d'ordre ornant leurs tee-shirts et leurs drapeaux.


Beaucoup plus qu’un duel armé au singulier avec l’Etat, l’insurrection est la rupture multiple avec le temps, l’espace et les rôles de la domination, une rupture forcément violente, qui pourrait devenir le début d’une subversion irréductible des rapports sociaux.

 

Dans ce sens, l’insurrection est plutôt un déchainement social qui dépasse le simple fait de la généralisation de la révolte ou des émeutes ponctuelles, et qui porte dans sa négation déjà le début d’un nouveau monde comme la fin de celui-ci, ou au moins, devrait les porter en soi.


C’est surtout la présence d’une telle tension utopique qui offre quelques points d’appuis contre le retour à la normalité et la restauration des rôles sociaux après la grande fête de la destruction.


Qu’il soit donc clair que l’insurrection n’est pas une affaire uniquement des anarchistes, ou de n'importe qui en particulier, même si nous pouvons estimer que notre contribution, notre préparation, nos perspectives insurrectionnelles sont sans  doute de quelque importance et deviendront, dans l’avenir, peut-être même décisives pour pousser le déchainement de la négation dans une direction libératrice.

 

Dans un monde qui devient chaque jour plus instable, ces questions difficiles devraient justement retourner sur l’avant-plan, y renoncer à priori en s’enfermant dans un quelconque ghetto identitaire et en entretenant l’illusion de développer « de la force » à travers des sigles collectifs et « l’unification des anarchistes »  prêts à attaquer, devient alors irrémédiablement la négation de toute perspective insurrectionnelle.

 

En retournant vers le monde des fronts et des sigles, on pourrait par exemple comprendre comme signes précurseurs du proche enfermement dans un cadre autoréférentiel, les références obligées et systematiques aux compagnons incarcérés.


Il semble qu’une fois des compagnons incarcérés par l’Etat, ils ne sont plus des compagnons comme nous tous, mais surtout des compagnons « incarcérés ».


Les positions dans ce débat déjà difficile et pénible sont tellement fixées qu’il ne reste que deux options diluées : soit l’exaltation absolue de nos compagnons incarcérés, soit le dégoût absolu qui s’enraye vite dans un renoncement à encore donner corps et âme à la solidarité  en actes.

 

Y-a-t-il encore du sens à répéter que nos compagnons qui se trouvent dans les geôles ne se trouvent pas au-dessus ou en-dessous des autres compagnons, mais simplement parmi eux ?


Est-ce qu’il n’est pas effrayant de voir, malgré les nombreuses luttes contre la prison, l’actuel virage sémantique revenant de nouveau avec les discours parcellaires sur les « prisonniers politiques », désertant une perspective plus large de lutte contre la prison, la justice, atomisant ainsi chacun dans des rôles "politiques", opposant ces "détenus politiques" à ceux dits de "Droit commun".

Ainsi donc un braqueur, un chapardeur, un fraudeurs aux alloc's de misère, un émeutier,  relèvera-t-il du statut de "Droit commun", ses actes seraient dépourvus de toute noblesse, ne seraient donc pas politiques? Etcaetera. 

 

En fin de compte, nous risquons d’accomplir ce que l’Etat cherchait à obtenir en enfermant nos compagnons, et pas seulement eux : en en faisant des points de références centrales, abstraits et à exalter, on les isole, on les atomise de l’ensemble de la guerre sociale.

 

Au lieu de chercher des manières pour entretenir au-delà des murs des liens de solidarité, d’affinité et de complicité en plaçant le tout radicalement au sein de la guerre sociale, la solidarité se borne à citer les noms à la fin d’une revendication."Comité Machin", Comité bidule-truc"...


Ceci génère en plus un mouvement en cercles assez vicieux sans trop de perspectives, une surenchère en attaques « dédiées » à d’autres, plutôt que de trouver la force dans soi-même et dans le choix du quand, comment et pourquoi intervenir dans les conditions données.

 

Mais la logique fétichiste du luttarmatisme est implacable. Une fois mise en route, il semble que peu reste encore à en faire, à en tirer.


Tous ceux qui n’adhérent pas ou n’en prennent pas la défense, sont assimilés à des compagnons qui ne veulent pas agir ni attaquer, qui soumettent la révolte à des calculs et des masses, qui ne veulent qu’attendre et rejettent l’impulsion de mettre ici et maintenant le feu à la poudrière.


Dans le miroir déformant, le refus de l’idéologie de la lutte armée devient le refus de la lutte armée tout court.

Evidemment, il n’y a rien de moins vrai, mais il n’y a plus d’oreilles qui veuillent entendre ça, l’espace de discussion est asséché.


Tout est réduit à penser dans des blocs, pour ou contre, et la voie, selon nous la plus intéressante, du développement des projectualités insurrectionnelles, est définitivement mise de côté à la grande joie des libertaires formels et des pseudo-radicaux  comme des forces répressives, qui ne veulent rien de plus que l’assèchement de tous les possibles.

 

Car qui veut aujourd’hui encore discuter sur des projectualités quand le seul rythme qu’on donne à la lutte, est devenu la somme des attaques revendiquées sur internet ?


Qui est encore à la recherche d’une perspective, qui veut faire plus que juste rendre maladroitement quelques coups ?

 

Et, répétons-le, aucun doute là-dessus : donner des coups est nécessaire, ici et maintenant, et avec tous les moyens que nous croyons adéquats et opportuns.

Mais le défi de développer une projectualité, qui vise à essayer de faire déchainer, faire étendre ou faire approfondir des situations insurrectionnelles, exige bien plus que  la seule capacité, réelle ou supposée,  de donner des petits coups de ci de là.

 

Ça exige le développement des idées propres et non pas répéter ce que d’autres disent ; la force de développer une réelle autonomie en termes de parcours de lutte et de capacités ; la recherche  lente et difficile d’affinités et d’approfondissement de la connaissance réciproque ; une certaine analyse des conditions sociales dans lesquelles nous agissons ; le courage de lever  des hypothèses pour la guerre sociale afin de ne plus courir derrière les faits, ou derrière nous-mêmes jusqu'à nous tordre le cou.


 IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI


Bref, ça n’exige pas uniquement la capacité de savoir utiliser certaines méthodes, mais surtout les idées sur comment, où, quand et pourquoi les utiliser, et là encore dans un mélange nécessaire avec tout un éventail d’autres possibles.

 

Sinon, il ne restera plus d’anarchistes, et ce sera tant pis, mais juste une série de rôles bien tristes et circonscrits : des propagandistes, des squatteurs, des combattants armés, des expropriateurs, des écrivains, des casseurs, des émeutiers, des spécialistes et ainsi de suite.


Rien ne serait plus pénible que de se retrouver, face à la possibilité de la tempête sociale à venir, tellement désarmés que chacun à ce point atrophié ne dispose plus guère que  d’une seule spécialité bien encadrée.


Rien ne serait plus fâcheux que d'avoir à constater dans des conditions sociales explosives, que les anarchistes s’occupent trop de leur petit jardin pour être capables de réellement contribuer à l’explosion.


Rien n’aurait plus le goût amer d’occasions ratées quand, par le focus exclusif sur le ghetto identitaire, on renonce à découvrir nos complices dans la tempête sociale, à forger des liens d’idées et de pratiques partagées avec d’autres rebelles, à rompre avec toutes les formes de communication médiée et de représentation afin d’ouvrir de l’espace pour une vraie réciprocité qui se fait allergique à tout pouvoir et domination.

 

Mais comme toujours, nous refusons de désespérer. (c'est pas bon pour le moral!).

Nous savons qu’encore beaucoup de compagnons tentent, dans l’espace et le temps où tout spectacle politique est conséquemment banni, d'innover et de créer les possibilités pour atteindre l’ennemi et pour forger, à travers la diffusion d’idées anarchistes, situationnistes ou libertaires, des liens avec d’autres rebelles  s'affranchissant définitivement de toutes ces catégories figées y compris dans les esprits les plus alertes.

 

C’est probablement le chemin le plus difficile, car jamais il n’y aura de reconnaissance pour ça. Ni de l’ennemi, ni des masses et en toute probabilité, ni d’autres compagnons et révolutionnaires.

 

Mais nous portons en nous une histoire, une histoire qui nous relie avec tous les anarchistes qui ont ardemment continué à refuser de se laisser inclure, que ce soit dans le mouvement anarchiste « officiel » ou dans le reflet luttarmiste de celui-là, avec ceux qui ont toujours continué à refuser de détacher la diffusion de nos idées de la manière dont on les diffuse, et cherchaient donc à bannir ainsi toute médiation politique, la revendication incluse, et qui sont peu intéressés à savoir qui a fait ceci ou cela, mais ce qui les relie avec leur propre révolte, avec la propre projectualité qui se déploie dans la seule conspiration que nous voulons : celle des individualités rebelles pour la subversion de l’existant.

 

20 novembre 2011

 

((Nous qui avons relayé ce texte après l'avoir corrigé, remis en forme, sans rien y retrancher et dans un pur soucis de lisibilité, nous ne nous "revendiquons pas "anarchistes" ou même autre chose...

Ca nous semblerait même  parfaitement incongru et n'apporterait rien au schmilblick..

 

Cette incongruité est l'une des premières critiques que nous pourrions adresser aux auteurs de ce texte fustigeant avec raison sigles et autres démarches "identitaires"...

 

Nous pourrions également regretter une insuffisante attention accordée à la   rédaction fourmillant de redites ou contresens auxquels j'aurai  tenté de remédier bien qu'imparfaitement dans cette édition, hélas.

Deufr  l'ayant proposé "brut de décoffrage", je ne pouvais le maintenir en l'état sans nuire à la proposition qui est la sienne.

Je me suis permis d'y apporter quelques considérations , de créer des paragraphes....

 

Pour la petite histoire j'ai rarement eu l'occasion de lire aussi fréquemment le terme "anarchistes" dans un même texte, mais j'ai résisté et ne l'ai supprimé qu'une seule fois...(Je risquais une indigestion!).

La version originale est accessible au moyen du "link" laissé ci-dessous par notre potos Deufr que j'embrasse au passage.

Steph))

 

...pécho là cettesemaine.free.fr/  , version italienne et anglaise également dispo, faites circuler...

http://descendre-de-l-arbre.over-blog.com/

Partager cet article
Repost0

commentaires

C
<br /> <br /> le vieux monde qui n'en finit pas<br /> ><br /> <br /> Messages janvier 2012<br /> ><br /> <br /> <br /> Gloup<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> 11 janvier 2012<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Gloup<br /> <br /> <br /> Puisque nous parlons beaucoup, çà et là et à propos de La Brigandine, de Georges Le Gloupier...<br /> il est bon de rappeler toujours que son meilleur texte est la géniale...<br /> <br /> <br /> ~<br /> <br /> <br /> Ode à l'attention pâtissier (1981)<br /> <br /> <br /> Il paraît que, c'est sûr, le ridicule tue.<br /> Tuons donc sans pitié, du premier au dernier,<br /> Les emmerdeurs fliqueux, les gagneurs de deniers,<br /> les intellos foireux aux théories obtues.<br /> Tuons sans plus tarder les sales moucherons<br /> Qui voudraient de l'ennui être les chaperons.<br /> Tuons les empêcheurs de rigoler en rond,<br /> En carré, en ovale, en ce qu'il vous plaira.<br /> Tuons tous ces salauds, ces castrateurs, ces rats,<br /> Tuons dès à présent tous ces vils scélérats.<br /> Tuons les cons, les flics, les collecteurs d'impôts,<br /> Les juges, les bourreaux, les suiveurs de troupeaux,<br /> De tous ces cancrelats trouons vite la peau.<br /> Tuons également des patrons les suppôts<br /> Qui se font, pour trahir, délégués syndicaux.<br /> Tuons les militants, des fachos aux cocos,<br /> Qui prônent pauvrement de pauvres idéaux<br /> Et freinent nos désirs qui montent vite et haut.<br /> Envoyons en passant la calotte au poteau:<br /> Curés, rabbins, pasteurs, tuons ces zigotos<br /> Ainsi que leurs alliés soi-disant marginaux<br /> Dont la stupide foi d'esclaves paranos<br /> Insulte nos raisons de seigneurs surpuissants,<br /> Nous qui sommes tous dieux dans notre propre sang.<br /> Tuons évidemment les gardiens de prisons,<br /> Tous les politiciens, tous ceux dont l'horizon<br /> Est de borner le nôtre à de strictes limites<br /> Qui donnent à bouffer la liberté aux mites.<br /> N'épargnons point, non plus, messieurs les militaires;<br /> Immolons ces guignols et faisons-les se taire.<br /> N'oublions pas, mourdious ! de tuer les psychiatres<br /> Qui de nos subconscients se déclarent les pâtres.<br /> Tuons tous ceux qui croient qu'un bulletin dans une urne<br /> Changera le merdier qui nous casse les burnes.<br /> Tuons qui se complaît, pourvu que l'on surnage,<br /> Dans un monde vaseux qu'en vain l'on aménage<br /> Tuons ce qui concourt par de pâles réformes<br /> A garder nos vécus vassaux des vieilles formes.<br /> <br /> ***<br /> <br /> Il faut, pour réussir, donner à not' révolt'<br /> Une force d'impact de cent milliards de volts.<br /> Libérons nos passions ! Soyons paroxystiques !<br /> Exigeons des plaisirs hautement frénétiques !<br /> Détruisons et brûlons tout ce qui nous empêche,<br /> De quelconque façon, d'avoir toujours la pêche ! (...)<br /> <br /> ***<br /> <br /> Le travail est un mal, cultivons la paresse :<br /> Au lieu de travailler, couvrons-nous de caresses !<br /> A bas le dévouement, le goût du sacrifice,<br /> A bas la modestie sur laquelle je pisse !<br /> Rions, baisons, vivons, et à bas l'ascétisme<br /> Qui mène tant de gens tout droit au crétinisme !<br /> Mort aux institutions ! Redevenons sauvages !<br /> De tous les pisse-froid décidons le carnage !<br /> Apprenons aux enfants à brûler leurs écoles,<br /> A copuler entre eux, à boire de l'alcool !<br /> Allons d'un pas coquin faire mille conquêtes<br /> Chez les vieux occupants des maisons de retraite :<br /> Avec eux nous ferons de folles bacchanales,<br /> Mettant la joie au coeur, ainsi qu'au trou de balle,<br /> De ces aïeux chenus qui si près de la tombe<br /> Rigoleront enfin tout en faisant la bombe.<br /> Pour combattre l'ennui soyons des flibustiers :<br /> A son abolition donnons-nous tout entier !<br /> Avec acharnement, ruons dans les brancards :<br /> La guerre est déclarée contre tous les tocards !<br /> Mais n'acceptons jamais de marcher au martyre :<br /> Zut à tous les héros qui rêvent de souffrir !<br /> N'omettons point, crénom ! de jeter bas les grilles<br /> Qui depuis deux mille ans constituent la famille,<br /> Non plus que les ghettos de rigueur carcérale<br /> Que sont les prétendues communautés tribales !<br /> Proclamons qu'à tout coup la femme devient moche<br /> Quand elle est transformée en pondeuse de mioches ! (...)<br /> Il arrive parfois que lors de quelque crime<br /> De son propre bourreau complice est la victime ;<br /> N'ayons donc en ces cas nulle pitié pour elle,<br /> Qui n'est à ses dépens qu'une bête cruelle.<br /> Nous n'avons pas en nous les élans masochistes<br /> Des libéraux tarés et des sots humanistes :<br /> Soyons intolérants ! Vive le terrorisme !<br /> Nous irons jusqu'au bout de ce jusqu'au-boutisme,<br /> Balayant devant nous ceux qui n'ont d'autre envie<br /> Que de s'enquiquiner en disant : "C'est la vie !"<br /> Nous voulons que la vie, justement, soit la fête,<br /> Et pour y parvenir nous ferons place nette,<br /> Nous sommes impatients, il est urgent de vaincre :<br /> Nous n'avons pour l'instant pas le temps de convaincre.<br /> Haro sur l'ennemi ! Sautons-lui sur le râble !<br /> Pas de juste milieu ! Soyons déraisonnables !<br /> <br /> ***<br /> <br /> Je crains que sur ce ton je ne m'égare (de l'Est),<br /> Oubliant de lâcher, si je n'y prends garde, du lest.<br /> Il me semble évident, pour abattre la bête,<br /> Qu'il faut soigneusement la viser à la tête.<br /> Il est donc décisif que les prioritaires,<br /> Parmi tous les gredins qu'il faut jeter à terre,<br /> Soient ceux qui voudraient bien penser à notre place.<br /> De les tuer d'abord, ceux-là, ayons l'audace (...)<br /> En leur flanquant des coups plus forts que ceux d'Hercule,<br /> Des coups sans rémission: des coups de ridicule.<br /> <br /> ***<br /> <br /> A moi Pieds Nickelés, Abott et Costello,<br /> Et Laurel et Hardy, mes amis, mes poteaux !<br /> Placée entre vos mains toute tarte à la crême<br /> Se mue magiquement eu une arme suprême.<br /> Rondid'jiu ! gloire à vous et gloire à Mack Sennett !<br /> Vous avez inventé, je l'affirme tout net,<br /> L'attentat culturel le plus croquignolet,<br /> Le plus tord-boyautant, le plus olé-olé ,<br /> L'attentat le plus gai auquel on s'est hissé :<br /> C'est à vous que l'on doit l'attentat pâtissier,<br /> Cet attentat farceur, cet attentat de rêve,<br /> Cet attentat dont nul, jamais, ne se relève.<br /> N'importe quel crétin, lorsqu'il est entarté,<br /> Est comme mort, occis, à jamais écarté ;<br /> Il est atteint, de fait, au point le plus sensible,<br /> A savoir son honneur, qui a servi de cible.<br /> <br /> ***<br /> <br /> J'ai pour ma part, ma foi, voici quelques années,<br /> Entrepris vaillament une ferme croisade<br /> D'attentats pâtissiers teintés de rigolade.<br /> Ceux qui furent visés reçurent sur le nez,<br /> En public, brusquement, une tarte à la crême<br /> Que j'ai tenu, bien sûr, à leur lancer moi-même.<br /> Aucun ne s'en remit : on chercherait en vain,<br /> Parmi ces entartés qui sont dix-huit ou vingt,<br /> Lequel a survécu à son entartement :<br /> Tous sont morts désormais, définitivement,<br /> Etouffés et broyés par tant de ridicule,<br /> Mieux enterrés sous lui que sous un monticule.<br /> J'ai entarté d'abord Marguerite Duras,<br /> Dont les livres m'ennuient et les films m'agacent ;<br /> Elle est vouée, depuis, pis qu'à l'anonymat,<br /> Momifiée par les pieux Cahiers du cinéma.<br /> J'ai frappé peu après, pour me faire la main,<br /> Un prénommé Henri dont le nom est Guillemin :<br /> Ce radoteur savant, dans ses livres d'Histoire,<br /> Prenait trop, pour mon goût, ses lecteurs pour des poires :<br /> Depuis lors la télé ne le montre plus guère,<br /> C'est oublié qu'il gît ou que, spectral, il erre.<br /> Agissant une nuit au nom de Terpsichore,<br /> D'un chorégraphe odieux le bec j'ai voulu clore.<br /> C'était ce stalinien de Maurice Béjart,<br /> Aux entrechats balourds autant que ceux d'un jars :<br /> Qui se soucie (ou là) que Béjart vive encor<br /> Ou que les asticots aient boulotté son corps ?<br /> Autre exemple au hasard, sachez que j'ai bien ri<br /> En entartant le groin de Marco Ferreri.<br /> C'était sous le soleil, au festival de Cannes,<br /> Et mon courroux grondait, ouvrant toutes ses vannes,<br /> Contre le cinéaste ayant fait à l'esbrouffe<br /> un certain bruit bidon avec sa Grande Bouffe :<br /> Ferreri illico, malgré sa vaste panse,<br /> Sous l'outrage crémeux<br />
Répondre